From Beirut to l’Enfant-Jésus de Québec

From Beirut to l’Enfant-Jésus de Québec

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Bien heureux d’avoir enfin atteint la rémission d’une leucémie lymphoblastique aigüe le 20 décembre 2016, après 2 années pénibles, plus de 130 chimiothérapies par voie intraveineuse, 8 chimiothérapies par voie intrathécale (colonne vertébrale), 9 sessions de radiothérapies, 32 jours d’hospitalisation, c’était fait. Pourquoi pas tenter de fêter ça avec un projet que j’avais, celui d’aller au Moyen-Orient, histoire de faire un peu de photoreportage et défaire la face sale des médias poubelles dominants qui vous broient le cerveau. Tenter d’avoir un visa pour la Syrie, où la réalité est bien différente de celle qu’on vous fait croire.

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Alors coup de tête, me voilà au Liban 2 semaines après la fin de mes traitements. Vraiment un guess, paumé comme un tracteur décédé, quelques contacts mais bien déterminé à faire quelque-chose. J’avais une opportunité avec une organisation humanitaire oeuvrant dans plus d’une centaines de pays de visiter leurs projets au Liban et possiblement en Syrie.

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(Nova, 73 ans, femme syrienne de la ville de Homs. L’une des familles supportées par l’organisation avec laquelle j’étais en contact. Elle immigra comme réfugiée avec une partie de sa famille il y a 4 ans au Liban. Nova a 2 filles, une 3ième est décédée en Syrie. Elle habite avec sa belle-fille Dallal et son mari puis leurs enfants, ainsi que l’une de ses filles, la mère de Dallal. Nova a de graves problèmes de genoux, elle ne peut pas se lever et reste donc toujours dans cette position. Il lui manquerait 1700$ US pour chaque genoux si elle désirerait réaliser l’opération, ce qui représente énormément d’argent.)

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Seulement, 2 ou 3 jours après mon arrivée à Beirut, les symptômes de cette merdique leucémie commencèrent à refaire surface. Réveil la nuit complètement détrempé, comme si je sortais de la douche. Vagues de fièvres et de froid, fatigue croissante, souffle impossible à trouver. Puis à un moment, j’ai demandé des infos à mon infirmière au Québec. On m’a conseillé de revenir au plus vite, c’était louche. Puis une petite entêtée a fini par me faire réaliser que c’était pas drôle, que je devais revenir. Alors devancer le retour, un vol de 4hrs pour le Quatar et magie, 15h du Quatar à Montréal, dans un état de décrépitude particulier. C’était long dans mon état.

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À l’urgence en arrivant, prise de sang. Bien entendu, résultat 5 heures 30 plus tard. Pas bon signe, cellules leucémiques, 80 de Globules blancs (5-6 la normale). On me donne un examen à passer le lendemain pour voir mes organes et les ganglions qui se sont propagés un peu partout. Mêmes conclusions de madame la médecin, ça regarde mal. Rendez-vous mardi avec l’hématologue.

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Puis voilà, jamais bon avec les mots et l’optimisme celui là: « Ouin, ça va pas hein, tu comprend? » Non, je suis trop stupide et déconnecté de mon corps, bien sûr quel imbécile. Je me trouverait visiblement ailleurs que dans ce bureau. Et voilà, l’histoire recommence. J’ai changé de centre hospitalier cette fois, ma tante travaillant ici et pourquoi pas faire changement, de bien bons commentaires sur le département d’hémato-onco et l’équipe alors go.

Mon projet From Beirut to Damascus, légèrement dévié à From Beirut to l’Enfant-Jésus de Québec, pas aussi intéressant perso mais paraît-il que je n’ai pas le choix alors, let’s go and kill that fucking nightmare again.

P.S. Dsl pour la publication de photos théoriquement supprimées de ma carte mémoire par les soldats libanais, il y a presque toujours moyen de récupérer en numérique…not against you my friends, you do a good job guys!

(Face de dégoût de bouffe d’hôpital ;), puis aurevoir les cheveux dans quelques-jours)
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Liban, entre paix et peur.

Liban, entre paix et peur.

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21 janvier 2017, un attentat aurait été déjoué grâce aux services de renseignement de l’armée libanaise et des Forces de sécurité intérieure. Le jeune libanais aurait été équipé d’une ceinture d’explosif et prévoyait se faire exploser à l’intérieur du café Costa samedi soir à 22h30, en plein secteur Hamra, quartier très fréquenté des touristes et des libanais.

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Et ce genre d’événements ne sont pas rares ici. L’armée a affirmée avoir arrêté une dizaine de combatants de Daesh l’été dernier qui préparaient plusieurs événements dans la capitale libanaise. D’ailleurs, dans la ville de Tripoli plus au nord, l’armée perquisitionne régulièrement de l’armement, entre-autre des lances-roquettes de type RPG. En octobre 2014, de violents combats ont eu lieu entre l’armée libanaise, des combatants de Daesh et d’al-Nostra dans le quartier de Bab al-Tebbané.

Puis c’est sans parler des combats entre les arabes sunnites et les alaouites, associé à Bachar el-Assad donc « contre » les sunnites selon certains. Les réfugiés ont de plus en plus de difficulté à pouvoir ne serait-ce que respirer, sans même parler d’avoir un toit sur la tête. Puis les libanais qui pour la majorité ne veulent pas de conflits, semblent silencieusement et légèrement inquiets malgré tout.
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J’ai été un peu impliqué dans cette crainte cette semaine. Je prenais des photos d’un vieux bâtiment aux multiples étages semblant abandonné dans une ruelle, entouré de barbelés et de véhicules militaires. Après avoir fait quelques photos, je continue ma marche et réalise qu’il y a des soldats dans le stationnement. Apparemment, ils m’ont vu photographier, l’un d’eux me rattrapant en courant et me prenant par le bras. Il m’amène au fameux Q.G. en question, où j’attend un moment, impassible et ne comprenant rien à leur blagues, ils semblaient bien s’amuser.

À un moment, quelqu’un m’amène finalement dans le bâtiment, un vrai labyrinthe. On me fait entrer dans un bureau ou je passe un petit interrogatoire. Le soldat, parlant beaucoup mieux anglais que ses collègues, a regardé toute les photos de ma carte mémoire. Il a supprimé les quelques photos du bâtiment, puis m’a ajouté sur Instagram en me disant qu’il est interdit de photographier ce qui est relié à l’armée et qu’il faut toujours avoir une carte d’identité sur soi au Liban.
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Bref, à la sortie, grosse conversation (dont je n’y comprenais encore rien) avec quelques soldats qui semblaient trouver ma visite bien amusante. Je fini par leur serrer la main et continue mon chemin. Selon certains avis, l’armée et les services de sécurité sont toujours sur la crainte qu’il y ait des espions, entre-autre israéliens. Puis, comme expliqué précédemment, ils sont constamment sur un pied d’alerte pour tenter de déjouer les nombreux projets d’attentats qui se planifient au Liban même.

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C’est donc regrettable, pour un pays qui se remet à peine d’une longue guerre et d’une agression israélienne en 2006, de multiples attentats depuis, de devoir subir ces instabilités et agressions qui, encore une fois, sont le fruit du support de certains grands criminels occidentaux à ces groupes terroristes. Cela crée des tensions entre les différentes communautés, ce qui n’est nullement nécessaire et n’amène rien de bon dans une société.
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Le Liban est donc très ébranlé par la crise syrienne en plus de ses propres soucis. Les gens mendiants dans la rue (des enfants en particulier et souvent en bas âge, en majorité syrien), des déficits au niveau du traitement des réfugiés mais bien peu d’aide de l’étranger pour gérer cette crise, il semblerait que le pays essaie de faire sa part mais, pas évident lorsque 30% de la population sont..des réfugiés! En plus de la population libanaise qui connaît aussi un niveau de pauvreté, des gens qui sont peu aidés par le gouvernement (un pays assez néolibéral, où il n’y a pas de système de santé ou d’aide pour les démunis).
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En fait, c’est offusquant de voir le nombre de grandes marques de voitures à côté d’une pauvreté extrême, passant devant des gens incapables de s’alimenter. Ferrari, Porsche, Maserati, Aston Martin, Lamborghini, bref une seule de ces foutues voitures pourrait faire vivre de nombreuses familles à long terme. Mais bon, ça, c’est une autre histoire.

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Visa Surya?

Visa Surya?

Uber, très controversé à plusieurs endroits est, du moins ici, un outil bien pratique. Comme partout j’imagine, certains chauffeurs de taxis essaient de vous escroquer et ne sachant pas trop jusqu’où vous pouvez vous permettre de vous obstiner, vous finissez par plier.

Néanmoins. « To the Syrian Embassy, please ». Khalid, chauffeur de taxi, retraité de l’armée Libanaise, me raconte qu’il y a amené une journaliste Russe (oui, comme toujours, les journalistes occidentaux, sauf ceux qui ont un avis divergent des médias de masse, sont inexistants sur le terrain et restent en général bien au chaud dans le confort de leur maison à copier-coller des informations biaisées voire mensongères qu’ils ne vérifient pas mais sont dans l’ordre d’idée de leurs patrons) qui désirait s’y rendre. Le visa lui ayant été refusé, elle a tenté de traverser par un autre moyen: Payer quelqu’un et traverser loin d’un poste frontalier! Ce qui n’a pas non plus fonctionné.

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Parenthèse, cela m’amène à revenir sur certains sujets pertinents. Dernièrement, quelqu’un me parlait d’opinions, du fait qu’il n’était pas toujours en accord avec les miens mais que c’était bien ainsi et que c’était intéressant de lire parfois ces opinions malgré tout. Je me suis donc demandé si, par exemple, lorsqu’on aborde le sujet d’un conflit ou d’une guerre et qu’on apporte des faits qui ne sont pas dits dans les médias-poubelles, les gens résument-ils cela à un simple « opinion »?

Et voici un texte qu’absolument tout le monde devrait lire pour comprendre le fondement des médias dominants et comment les gouvernements les utilisent à leur fins, ainsi que les raisons pour lesquelles ils biaisent, omettent ou modifient les faits pour manipuler l’opinion public et la masse pour leurs propres intérêts: https://www.ababord.org/Le-modele-propagandiste-des-medias,261. Ainsi, il serait pertinent de se rappeler une chose: Attention aux médias de masse, tenez-vous en bien loin si vous n’avez pas un intérêt ou une passion pour déchiffrer tous les mensonges et aller vérifier les faits par rapport aux sujets qu’ils abordent, ce n’est pas un opinion mais un fait qu’ils ne vous offrent que rarement une information neutre et vérifiée.

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Arrivé à l’entrée de la rue de l’ambassade, nombreux checkpoints de l’armée libanaise. Le taxi ne peut pénétrer dans ce secteur, alors on me fait descendre et on vérifie mes documents et mon sac à dos. Je m’y rend ensuite, voyant que très nombreux syriens font la file et d’autres attendent derrière une barrière, avec quelques soldats libanais. On me fait signe de dépasser la file et d’entrer dans l’ambassade. En montant les marches, un soldat me sourit et me posa des questions sur mes origines et les raisons pour lesquelles je me trouve là.

J’arrive finalement dans le bâtiment principal, c’est bondé de gens. N’y comprenant rien aux indications (tout est écrit en arabe, je m’en veux de n’y rien comprendre), on me montre le bureau de demande des visas. J’entre. Souriants, quelques hommes me font signe de m’asseoir. Cigarette à la bouche, l’homme au bureau me dit: « Visa Surya? » (Syrie est prononcée Surya en arabe). Il compose alors un numéro à son téléphone. L’homme à ses côtés, un sacré personnage. Une copie de  M. Castro, en beaucoup plus volumineux. Une barbe tout aussi gigantesque, avec son habit militaire sur lequel se trouve un badge du président Assad. Il me sourit, fait un signe de tête en guise d’approbation.

Puis, on me prête le téléphone: « Hi, what is your request? ». Ma demande, c’était bien sûr un visa d’entrée pour la Syrie. Car peu ou pas de journalistes occidentaux n’ont couvert ce conflit. Ils n’ont que rapidement adopté la rhétorique des médias de masse et acheté leur information d’entreprises (anciennement, des agences d’informations, dont Reuters ou France-Presse qui sont maintenant littéralement des entreprises dont le but est de faire de l’$$$ pour leurs actionnaires – d’autres énormes entreprises privées avec des intérêts bien au delà de ce qu’on imagine), ce qui a très rapidement laissé le champ libre à ces médias pour dominer l’opinion public selon des intérêts bien précis.

Alors, on m’explique que je dois avoir une lettre d’invitation (pour un visa de touriste, sinon un visa média prend beaucoup trop de temps pour le peu que je possède) et ensuite, qu’ils analyseront ma demande. Je sors donc de l’ambassade, où le même soldat m’aborde à nouveau. Nous échangeons un peu et je fini par quitter. Mais, pourquoi la Syrie?

Parce que depuis le début du conflit, il m’a semblé si facile de voir tous les mensonges des médias dominants, les mêmes qu’à chaque guerres, prendre aussi vite possession de l’espace public et imposer une direction pré-déterminée. Démonter aussi facilement les faits et appuyer sans aucune preuve qui soit, l’idée même de supporter une éventuelle guerre dans un pays où vivaient entres-elles de multiples ethnies et religions. Un pays laïque qui offrait un système de santé et d’éducation publiques, où personne ne craignait de recevoir une bombe ou un tir de mortier, ou encore de se faire couper la tête par des assassins complètement fous.

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Certes, Bachar el-Assad n’est probablement pas le meilleur président du monde (encore faudrait-il déterminer ce qu’est un « bon » président – Car Harper, Bush, on repassera). Il y avait sûrement des choses à améliorer en Syrie. Mais il n’y avait pas de guerre. Demandez aux syriens si ils sont heureux de ce que leur pays a l’air maintenant. Ou de ce qu’il aurait pu avoir l’air si Al-Nusra et Daesh, puis « l’opposition » auraient imposés la charia dans le pays. Regardez en Libye, ce que la destruction du pays par les occidentaux a apporté. Le chaos, la chute des institutions, de la stabilité et de la sécurité, des vagues de migrants désirant maintenant quitter ce pays qui était leur. Les diverses milices islamistes qui se battent sans cesse pour reprendre une partie de territoire. Rappelons-nous que c’est avant-tout pour la déclinaison de Kadhafi à des ententes pétrolières occidentales et à sa volonté de créer une monnaie unique africaine ayant concurrencer le $ US et le YUAN, que les occidentaux ont voulu sa fin. Mais, bien-sûr, peu le savent. Et regardez l’Afghanistan, ou l’Irak. Le même bordel.

Je suis toujours étonné de voir qu’autant de gens en 2017 ne réalisent pas que toutes ces guerres modernes soient politiques/économiques et que la destruction de ces états, qui amène les flux de migrants les plus importantes de l’histoire et les pires atrocités de la planète, qui détruisent des millions de vies, ne sont que le fruit de quelques hauts dirigeants qui ne veulent pas perdre leur hégémonie et leurs clients. Total, Shell, Halliburton, peu importe. Le pétrole et les armes, c’est un commerce bien fructueux. Encore une fois, ce sont des faits vérifiables et il s’agit de quelques recherches, peu importe le conflit, pour en comprendre le fond et les raisons réelles.

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Il ne s’agit que de regarder le pays « dominant », celui qui nous parle de droits de l’homme, de démocratie, de paix, qui se vante d’être un as en ces matières. C’est pourtant le pays qui pratique le plus la torture, qui possède de nombreux centres dont certains tenus bien secrets où nombre de gens, bien souvent innocents, vivent un enfer. C’est le pays qui a soutenu et organisé le plus de coups d’états sanglants à travers le monde, toujours au nom de la « paix » (non, du capitalisme sauvage). C’est le pays qui offre le moins de services à ses citoyens au nom de la privatisation et de la méchanceté des taxes et impôts mais utilise l’argent du peuple pour injecter chaque année des centaines de milliards de dollars dans l’armée. C’est le pays qui scrute le plus la vie d’autrui sans l’accord de qui que ce soit, puis pas juste de ses propres citoyens mais à grandeur du globe. C’est aussi le pays qui, à maintes reprises, à interféré dans des élections démocratiques (entre-autre en Europe de l’est, par les « révolutions oranges »), pour imposer des gouvernements de droite en faveur de leurs intérêts. C’est le pays qui, aussitôt que sa population sort dans la rue pour partager son opinion et son mécontentement, envoie l’armée et décrète l’état d’urgence pour éteindre au plus vite les opinions divergents. C’est le pays qui, dernièrement, à envoyé des milliers de mercenaires dans des pays européens pour tenter de faire peur au monde et nous inventer une « menace russe », encore un tissus de manipulations et d’aberrations cérébrales – Cette technique d’utiliser la peur pour manipuler se nomme d’ailleurs « terrorisme » -. Alors, nous repasserons.

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Voilà, le pourquoi de mon intérêt. Pour voir de mes propres yeux et partager la réalité, celle que la majorité ne savent pas. Entendre de « vraies » personnes donner leur point de vue et dire ce qu’ils vivent, pas entendre des faces maquillées aux dents blanchies, arrivant dans leur SUV au studio télé, café à la main, gel dans les cheveux, venant tout juste de prendre note de ce qu’ils auront à radoter sans même se poser de question sur ces « nouvelles ». Dire non, ça suffit. Les gens sont obligés d’être conscients et de savoir, en tant qu’êtres humains. Que l’ignorance et l’égocentrisme, ce n’est pas propre à nous.

Que l’ignorance, c’est ce qui permet à cette poignée de criminels de financer ces guerres et de manipuler les masses. De dominer l’opinion publique, de laver les cerveaux et de continuer à agir comme ils le veulent. C’est ce qui amène la mort de millions de gens, leur déplacement, la perte de leur domicile, la détérioration de leur qualité de vie. Et nous devons nous battre pour que la balance retombe de notre côté et qu’un jour, ces guerres sales cessent.

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1053km y La vie sourit.

1053km y La vie sourit.

Parfois dans la vie, la chance nous sourit. Parfois moins ! Et la chance, c’est à un certain niveau, une question de perception. Nous pouvons toujours voir du positif dans le négatif, et vice-versa – le choix nous appartient, dépendamment de la gravité de la situation.

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Première vraie sortie de Berry the Bus en 2016 – Un incroyable dimanche, 17 avril 2016. Nous partons de Black Lake à 7h45 Sophie et moi, en direction de Disraeli pour y prendre Amélie et se diriger vers Boston ! Nous avions depuis longtemps prévu ce petit périple pour un show, un excellent groupe de musique, Underoath, en tournée de « renaissance » (oui, their Rebirth tour, après quelques années à ne pas jouer ensemble).

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Un ciel parfaitement bleu, des prévisions météo idéales – autour de 20 degrés. Berry the 68 VW bus was on fire, dans le bon sens du terme ! En fait, dans les 2 dernières années, il a reçu beaucoup d’amour – la plupart des pièces électroniques sont neuves au niveau moteur, freins et roulement, suspensions, etc. Bref, il est prêt pour la route, totally. Nous avons donc descendu par le poste-frontière de Coburn Gore, la 27 sud passant par Sugarloaf. Une route déserte, de magnifiques vallées et de nombreux lacs gelés, des paysages magnifiques, de la bonne musique et tout ça en excellente compagnie.

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80km/h, un nid de poule apparaît sur un tronçon flambant neuf – 3 mètres de large, 1 mètre de long et je ne sais combien de profond ! Il ne faut pas s’attendre à des miracle – Un VW Bus, ça pèse 3x le poids d’un petit véhicule « de promenade » et ça ne freine pas comme on veut. Alors, bang, un bruit d’enfer ! Je me dis, ça doit être le moteur qui a accroché ou les pares-chocs. On continue car tout semblait pourtant correct puis nous arrêtons un peu plus loin acheter quelque-chose à se mettre sous la dent dans un petit dépanneur. Je réalise en ralentissant, que c’est ma pédale à essence qui ne remonte plus d’elle-même ! Le petit ressort en métal – il semble n’avoir que 48 ans d’âge, oups – a cédé. Je trouve une solution de rechange en 2 minutes, puis sur la route un peu plus tard, je décide d’arrêter devant un garage pour prendre quelques minutes de plus pour le réparer adéquatement – une petite pause pour nous en même temps et quel beau soleil !

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Rapidement, un gars sympathique à la barbe généreuse arrête avec sa camionnette, nous demandant si tout va bien – la tête sous le véhicule, couché par terre, je parviens à la sortir légèrement pour voir l’homme en question et n’ayant pas compris – Sorry, dude? – il se met à rire, un rire franc et sympa, qui donne bien l’impression que c’est un sacré bon jack. Lui expliquant le problème, il regarde rapidement dans ses outils puis dit – My house is about 15 miles south from here, I have everything we need to fix this quickly ! – Pas un détour, c’est sur notre chemin.

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Alors, on se donne rendez-vous chez lui, à Kingfield, rue Lexington. Il avait un petit arrêt à faire, nous arrivons avant lui. En attendant devant la maison, un homme, tout aussi barbu lui ressemblant drôlement (son père, bien sûr) sort avec 2 mastodontes – 2 énormes chiens blancs, Christmas et Jake. Peu après, notre ami nous rejoint. Il va chercher ce qu’il faut dans le garage, répare le tout en 5 minutes et nous discutons musique et péripéties de sa jeunesse et de ses bons souvenirs à Montréal, alors que l’âge pour acheter de l’alcool est de 18 ans au lieu de 21 aux US.

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Back on the road (27/16 heading south to the 95S). À Augusta, nous rejoignons finalement la 95. Heureux et souriants, nous pouvons augmenter d’un tantinet notre vitesse de croisière à 60 miles/h (environ 95 km/h). Lorsqu’en fin d’après-midi (autour de 16h30), le moteur s’arrête soudainement. Mon cerveau se met au travail, je souhaite que ça ne soit pas le moteur en lui-même qui ne soit collé car j’ai déjà vécu cette situation une fois dans le passé. Petite vérification au niveau du crankshaft (la poulie principale reliée à tout le mécanisme du moteur/pistons, cylindres, etc.), quelques tours confirment que le problème n’est pas là (Fiou!). Alors où il est, ce fameux problème? Le démarreur fonctionne, mais rien au niveau de l’allumage. Vérification du coil: Aucun courant. Il est neuf le coil, how is it possible? Let’s try another one ! (oui, lorsqu’on fait pas mal de route avec un véhicule qui a quelques années – 48, quand même – on prévoit toujours un coffre à outil et quelques pièces de rechange). So, même problème, pas d’électricité. What the hell?

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Encore au nord de Boston, nous n’avons plus tellement de temps pour réfléchir si nous voulons arriver à l’heure et aucune possibilité de toute façon, de trouver des pièces pour faire d’autres tests. Nous sommes sur la 95 sud, un dimanche après 17h00 – aucun garage ou lieu de vente de pièce ne sera ouvert – Alors, let’s call the AAA! Le « dispatcher » prend l’appel, confirmant que j’ai droit à 100 miles, ce qui nous amène pratiquement à Boston. Super, demain sera un autre jour et je continuerai mon analyse du problème. Alors, durant l’appel, on nous demande quelques points de repères pour qu’ils puissent nous localiser précisément sur la route.

Surprise, aucun marqueur de miles, aucune sortie ni indication de sorties autant vers le nord que le sud. Au milieu de la forêt. Avec, en prime, pas de réseau fonctionnel pour les données et le GPS qui ne peut pas non plus nous aider. Limite avec le signal cellulaire!

On nous dit donc après un certain moment d’appeler le 911 pour qu’eux nous localisent, ce qui sera fait (nous sommes au mile 60.5) avec en prime, la visite d’un policier. Un problème avec le AAA (et les dépanneuses en général): Nous sommes 3. La plupart du temps, pas de place pour plus de 2 passagers. Alors, on nous dit qu’ils devront nous rappeler, tenter de trouver ce qu’il faut pour nous embarquer tous. L’heure avance, environ 18h30. Plusieurs appels pour nous tenir au courant des développements, puis nous qui commençons à nous dire que nous devrions annoncer que nous sommes deux et ce serait plus simple de cacher quelqu’un dans Berry.

19h00 – Nous rappelons donc pour dire que nous pourrons n’être que deux. Malheureusement, ça ira tout de même à 20h30 avant que la dépanneuse n’arrive. Nous embarquons Berry sur la plateforme (avec sa passagère, qui fera près de 2 heures de route à travers les bagages), prenant la route vers Boston, espérant pouvoir y arriver rapidement. En regardant le GPS du conducteur, nous réalisons qu’il estime notre arrivée à 22h15, ce qui est déjà limite pour le show. Pas de problème, il roule à 80 miles/h (près de 130 km/h!). En vain, à force de s’approcher de Boston, nous réalisons que nous risquons fortement de ne pas arriver à temps. En plus, ça ne servirait à rien d’essayer de faire déposer Berry dans une rue en plein centre-ville histoire d’être près du House of blues pour ne serait-ce que de risquer de voir une seule chanson, ou probablement pas. Car nous appelons au House of Blues et on nous annonce que le show finit à 22h30. Alors, aussi bien trouver un endroit où passer la nuit et cesser de descendre vers le sud.

Débute la recherche d’un hôtel « pas cher » (Le CAA/AAA + offre un montant remboursable pour le logis et la nourriture dans ces conditions). Je me met à téléphoner, tout est plein ou coûte près de 300$ USD la nuit! Nous sommes pourtant au milieu de rien. Après quelques appels, nous trouvons quelque-chose de beaucoup moins cher, déjeuner inclus, à Amesbury. C’est là où nous déposerons Berry et passerons finalement la nuit, déçus mais bien contents d’être arrivés. Et content malgré tout d’avoir eu une superbe journée ensoleillée et chaude, avec de magnifiques paysages et de belles rencontres.

Nous profitons au réveil du déjeuner inclut à 8h00, après avoir téléphoné au NAPA et également à un garage spécialisé en voitures allemandes. Scott, du NAPA Amesbury, m’informe qu’il peut recevoir la pièce vers 14h00, ce qui semble un peu tard. Il m’informe qu’il pourrait la tester et me dire ce qu’il en est. En parallèle, un autre garage retourne mon appel et peut avoir la pièce autour de 12h00. Petite marche de 25 minutes au soleil vers le NAPA, nous rencontrons Scott qui vérifie le coil: Surprise, il n’est pas défectueux. Alors, il ne reste pas 3 autres possibilités entre le point A et le point C (A étant la clé et C le distributeur, donnant le feu aux bougies pour le démarrage – B étant, ce fameux coil donnant le courant nécessaire au distributeur lors du démarrage).

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Nous retournons voir Berry, remettant le coil. Il ne produit définitivement pas d’électricité mais montre qu’il reçoit bien le signal du démarrage. So what? Et bien, le distributeur, de marque Empi avec allumage électronique flambant neuf de l’an dernier qui fonctionnait comme un charme, pourrait être la cause. J’en ai un de rechange, à pointes celui-là, qui ne sont bien sûr malheureusement pas ajustées. Je le test tout de même directement, je réalise que; Oh! Maintenant, le coil envoie de l’électricité. Alors, le distributeur neuf est le problème, le module électronique ayant probablement brûlé sans raison. Et oui, en 2016, ça semble parfois difficile d’avoir des choses de qualité.

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Appel chez NAPA pour avoir des pointes ou un distributeur neuf. Scott me dit: Je peux vérifier le distributeur et ajuster les pointes sans problème! Petite marche à nouveau, au beau soleil, tout en discutant de tout et de rien. Arrivés au magasin, Scott ajuste le tout, confirmant que les pointes sont neuves et que ça devrait fonctionner. Sa confiance contagieuse nous remplit de joie à nouveau, nous retournons donc au véhicule. Il est maintenant près de 15h30. Je change le distributeur, tente un premier démarrage: Bingo!

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Nous rangeons un peu, allons prendre un petit festin au Friendly’s (pas du tout « USA »’s food, non non!) et revenons à Berry pour reprendre la route. Surprise, aussitôt que j’appuie un peu sur l’accélérateur après avoir embrayé, le moteur a envie d’étouffer. J’appelle un ami mécanicien au Québec pour me guider, nous discutons un moment et il me fait réaliser qu’en remettant le distributeur, je n’ai pas ajusté le timing et que tout le processus de fonctionnement du moteur est maintenant inadéquat. Quel épais, oui oui!
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Je téléphone à nouveau Scott qui nous avait donné le numéro d’un homme connaissant bien les moteurs à carburateur et pouvant se déplacer, mais je n’était pas arrivé à le rejoindre encore. Il est 16h30, Scott me dit qu’il tente à l’instant de le rejoindre et qu’il me rappellera. Entre-temps, Amé trouve un superbe vidéo youtube (vive youtube! – sans pub s.v.p.) de moins de 3 minutes qui explique comment ajuster le timing d’un moteur 1600cc dual port VW, soit le même qui se trouve dans le véhicule. Entre-temps, Scott téléphone pour nous annoncer qu’il a rejoint Steve, qui passera nous voir dans les 20 prochaines minutes.

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Surprise à nouveau: Non seulement ajuster le timing est-il plus simple que ce que je croyais, mais en plus, ça fonctionne vraiment à la perfection. Quelques tours de la poulie principale, ajustement vis-à-vis un indicateur sur la poulie et un sur le bloc moteur, trouver le « point mort haut » en tournant le distributeur et en utilisant un testeur, un peu de précision à l’aide d’un crayon et bingo. Steve arrive par la suite, il regarde le tout et semble bien satisfait de ce qu’il entend. Que de gens sympathiques, thank you so much !

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Et voilà, nous revenons en direction nord, vers le Québec. Bien sûr, assez déçu de ne pas avoir pu assister au show. Mais finalement, pas mal content de ce petit roadtrip plein de péripéties. De belles rencontres, de paysages neufs et changeants. De la température parfaite, d’un petit avant-goût de l’été. D’ajout d’expériences de vie, de connaissances mécaniques. D’un changement de routine et d’une courte impression de voyage, d’éloignement. D’agréables moments entre amis, à partager ces aventures loufoques et ces multiples émotions, quelque centaines de miles on the road.

1053 kilomètres et la vie sourit!
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450km y Guacamole

450km y Guacamole.

Photo: Michaël Maheux

Texte: Mathieu Grégoire

Itinéraire Berry

Un lundi comme un autre.

Réveil à 6h50, je me douche rapido et réveille Maya.

Après le déjeuner, nous enfilons nos vêtements, brossons nos dents et sortons en trombe de la maison. J’embarque dans Berry en planifiant prendre le chemin du Barrage par Thetford pour éviter le chemin de Vimy Ridge, sachant que le rendez-vous pour le changement de pneus était à 11h00 à St-Denis-de-Brompton (pourquoi aussi loin? Aucun pneu de la bonne dimension en bas de 75$ LE pneu à Thetford Mines). Misère, Berry ne démarre pas.

Nous prenons donc la Golf, arrêt à la garderie à 7h45 pour y laisser Maya. 8h00 précise à l’hôpital, petite prise de sang habituelle pour préparer le cocktail explosif de Methotrexate et d’Asparaginase, les chimios habituelles, du mardi. Mon infirmière, toujours aussi souriante et sympathique, me raconte les début de vie d’étudiante de sa fille à Québec, tout en me prenant quelques petites fioles de liquide rougeâtre. On se dit « peut-être à demain! », je quitte ensuite l’hôpital: 8h40 devant les bureaux de Barrisol, Michaël arrive du lac en scooter. Direction : Black Lake et la maison, Berry doit démarrer!

Ce petit caprice récurrent m’a déjà causé pas mal de soucis, il semble que le coil ne produit pas de courant alors qu’il est neuf et semble bon. Bref, arrivés dans le garage devant le moteur, nous commençons à tester différentes pistes. La plus plausible étant le distributeur à pointes, pour lequel j’avais déjà commandé un distributeur à ignition électronique en ayant approximativement diagnostiqué cette solution éventuelle quelques semaines auparavant. Après environ une heure de tests, changement du distributeur. Démarrage. Premier tour de clef. Voilà, Berry était guérie!

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Cap sur St-Denis-de-Brompton, avec un magnifique soleil et des files de voitures qui suivent Berry. Un pauvre type, en camionnette, pas très loin de Disraeli, nous dépasse en faisant un doigt d’honneur et en klaxonnant. Je lui renvoie la pareille, avec un sourire aux lèvres (comme toujours bien sûr), en me disant: Mais vraiment, pauvre individu, c’est bien dans ce monde que l’on vit ! 80km/h dans une zone de 90km/h MAXIMUM, c’est pas si mal non? Qu’est-ce qui t’attends mon ami qui soit aussi urgent? La cuisine de maman Dion à TVA à 11h00? Vite, va apprendre à cuisiner un pâté chinois!

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St-Denis-de-Brompton, 135km plus tard. Nous arrivons au garage louche où j’ai trouvé mes pneus usagés. Surprise, c’est exactement le même garage où j’avais déjà acheté les 4 Contipro Contact 185/55r15 qui étaient montés sur Berry jusqu’à l’éclatement du pneu avant gauche à l’Isle-Verte quelques jours plus tôt dû au mauvais alignement fait à Thetford. Mais quel endroit louche, vraiment!

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12h00, ce sont 3 jeunes qui nous accueillent, tous plus différents les uns que les autres. Leur père dormait, arrivant avec un air de lendemain de débauche exécrable. Il nous montre les pneus, me dit ensuite d’entrer Berry dans le garage. Il commence à approcher le cric, fait 2-3 trucs et disparaît. Ses enfants commencent le travail, un air un peu incertain. Incapables de décoller les pneus des roues, ils réalisent aussi qu’ils ne pourront pas en faire la pose et les balancer car ils n’ont pas l’adaptateur de cette dimension. Ils reposent donc les 2 roues, nous repartons avec les pneus et nous dirigeons vers Sherbrooke où l’alignement était prévu pour 14h00.

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Arrivés au garage d’alignement, un accueil des plus mémorables. Le patron, cigarette au clapet, avec un air des plus aigris de la vie, ne semble pas du tout vouloir être là où il se trouve. Au départ, il refuse presque de changer les pneus car il m’avait mal compris au téléphone. Finalement, un de ses employés nous dit d’entrer Berry dans le garage. Il semblait vouloir être sympathique et faire taire son patron, tout comme son autre employé qui commencera plus tard l’alignement…pour nous annoncer qu’il ne pourra pas le faire. Berry étant rabaissée de 4 pouces, la roue arrière se trouve encore plus à l’intérieur de la carrosserie.

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Les téléphones débutent, son employé me donnant divers noms de garages où ils auraient possiblement été en mesure de le faire. Pas de chance pour Sherbrooke! Soit ces garages sont en vacances, soit ils m’annoncent que le véhicule est « trop vieux » pour eux ou leur matériel.

Sachant qu’un des cylindres de roues avant est à nouveau à changer et qu’il n’y a à peu près que Vic Wagen, ce fameux Vic situé à St-Paul-d’Abbotsford qui risque de posséder ces pièces en stock au Québec, nous regardons si il n’y a pas de garage d’alignement près de là. Le hic, c’est qu’il est déjà 15h15.

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Granby, un garage répondit nous demandant d’envoyer une photo par courriel pour qu’un des mécaniciens donne son avis sur la possibilité d’aligner Berry. Une fois fait, on nous rappelle en disant qu’il pense pouvoir le faire, sans certitude ou garantie. 15h30, nous avons 95km à parcourir pour arriver à ce garage. 65 miles à l’heure, une pluie diluvienne se met à tomber. 16h50, nous arrivons au garage en question, accueillis par le mécano. Il connaît non seulement très bien son travail et semble passionné, mais donnera également divers conseils pour éviter que les pneus ne s’usent trop vite. Et enfin, un alignement approprié pour Berry !

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Direction chez Vic-Wagen au 105, rue Principale, St-Paul-d’Abbotsford. 17h45, nous arrivons chez cette légende québécoise du old VW. 2 petits cylindres de freins, nous parlons un moment avec lui et reprenons la route vers Granby en planifiant y trouver un endroit pour manger. Mais en vain, tout semble plutôt mort et morose! Alors cap sur…Magog, pourquoi pas ! 60km plus loin, la vie semble y être. Le centre-ville regorge de bonheur, il n’y a pratiquement aucun espace de stationnement, il fait beau et les gens sourient.

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Quoi demander de mieux? Que le restaurant mexicain Guacamole y Tequila ! C’était le parfait endroit pour terminer cette journée. Magnifique terrasse chauffée, avec enchiladas de salsa roja, éclairs de chaleur en prime et la vue sur une petite portion du lac.

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450km plus tard. Guacamole sin tequila.

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Les apparences trompent, les jugements tachent.

Panoramique Quaqtaq

Les apparences sont toujours (ou à peu près) trompeuses.

Cet été, je croisais une amie de l’école secondaire dans notre région natale. Elle commença à parler de ma vie « rêvée », des photos qu’elle voyait circuler sur Facebook. Ce qui m’a apporté de grands questionnements face à ce qu’est une vie « rêvée » et à ces conclusions et résumés si faciles fait sur la vie d’autrui par de simples photos et apparences généralisées en bloc.

En fait, j’ai au départ été plutôt surpris et déçu, moi-même résumant ces dires par une des facettes de l’individualisme de la société nordaméricaine. Celui de ne pas prendre la peine de demander à quelqu’un « Comment vas-tu? », mais plutôt d’inventer une vie par une simple parcelle de support visuel aperçue sur les médias sociaux. En fait, je n’en ai pas voulu une seconde à cette amie, ça m’a plutôt donné envie d’en écrire quelques idées.

Quel est cette idéal de vie « adéquate » ou rêvée? Pour chacun de nous, différents éléments composent cet idéalisme que nous avons d’une vie parfaite. Chacun de nous prenons des décisions selon nos valeurs, nos goûts, nos envies, nos expériences. Puis nous forgeons notre vie dans ces directions, faisant de nous l’être unique que nous sommes.

Certes, beaucoup choisissent la facilité. Le schéma « traditionnel », la structure habituelle des études et de la remise d’un diplôme au final qui fait de nous un élément « accepté » du système, nous permettant de postuler à un emploi et d’être ou non accepté, selon les exigences du milieu, du patron, bref de l’instance gérant l’entreprise ou l’organisme. Mais ce papier, on vous le répétera souvent car ancré dans les cerveaux depuis longtemps, est « nécessaire » pour avoir un « bon » emploi. Alors bon, d’autres optent pour l’anti-conformisme et se battent contre ce système qui tente de faire de nous une marchandise au profit de la classe dirigeante.

C’est le choix que j’ai personnellement fait. C’est le choix que bien d’autres font également. C’est sûrement la porte la plus difficile à ouvrir, car elle tombe directement dans le néant. Le néant de tous les choix, de toutes les possibilités, contrairement à ce que l’on vous dira. Elle vous laisse aussi complètement à vous-même. Car vous devez utiliser chaque rencontre, chaque emploi passager, chaque situation de vie, chaque malheur ou bonheur, chaque lecture, comme un élément d’apprentissage direct qui pour d’autres ne repose que sur une seule et unique personne: un enseignant.

Ce choix ne vous assure aucun salaire fixe, aucune certitude face à quoi que ce soit. Vous êtes, simplement. Et vous tentez!

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Certes, je ne m’empêche pas de vivre. Je me promène beaucoup, que ce soit à l’intérieur même du Québec ou ailleurs. Ce sont des choix, ils sont reliés à mes intérêts et aussi à mes buts. Je ne voyage pas pour me reposer, pour attendre que la vie passe, pour m’asseoir sur une plage de station balnéaire construite au bulldozer, pour me griller au soleil, etc. Je voyage pour connaître, pour rencontrer, pour vivre, pour écouter, parler, sortir d’un engrenage destructeur dans lequel une majorité de gens est ancrée. Je voyage pour apprendre surtout, pour photographier, pour réfléchir, pour m’enrichir de connaissances et de tout ce que je viens d’énumérer. Souvent très pauvre côté monétaire. Voyager, et non « vacancer », est aussi un style d’anti-conformisme et d’apprentissage de la vie, des diverses cultures de ce monde, de nous-même, des multiples autres réalités qui existent sur terre.

C’est un autre choix que j’ai fait, celui de ne pas vouloir une maison de 200 000$, une voiture de l’année, une télévision 2 fois plus grosse que ce que j’ai réellement besoin, des meubles neufs et « à la mode », un employeur, une sécurité financière. Mais plutôt, d’acheter la plupart de mes biens de seconde main. D’apprendre à réparer ce que je peux. Essayer de gagner ma vie par moi-même, sans patron, par une de mes passions. D’accepter de petits emplois à côté. D’essayer au risque d’échouer, oui. De ne jamais vraiment pouvoir prévoir les comptes et les contrats qui viendront pour assumer les imprévus et les paiements fixes. D’en repousser mes projets toujours plus tard.

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Cette apparence de « belle vie » ne m’a donc pas empêché de vivre un enfer durant 3 ans. De vivre de multiples échecs, quelques réussites aussi, de repousser certains rêves, d’être poussé au bout du précipice maintes fois, d’en compter mes 0.05$ extrêmement souvent alors que les paiements de la vie approchaient et que le compte était vide. D’être harcelé par la banque, de me ronger les ongles à ne plus y voir de solutions. Par moment, à vivre beaucoup de déceptions face à l’humain et à en venir à la limite de l’anti-sociabilité, au point de me renfermer dans mon sous-sol et de me demander ce que je faisais réellement dans ce monde.

Mais comme chacun, nous traçons notre chemin, tentons de faire de notre mieux. Il faut toujours faire attention aux jugements que l’on porte sur la vie des autres. Mieux vaut s’intéresser à eux plutôt que de s’arrêter à l’idée que nous nous fabriquons en voyant quelques photos. Peu importe le chemin que l’on emprunte, il nous est toujours bénéfique et gagnant de s’intéresser à l’autre plutôt que d’en regarder simplement sa page Facebook ou Twitter. Les apparences sont trompeuses, les jugements inutiles et biaisés.

« Car chacun de nous est comme un livre fermé qu’il faut lire pour apprendre à connaître, le visuel n’étant que la première de couverture. Tout comme une belle étiquette de bouteille de vin ne donne absolument aucune idée de son contenu. »

Mathieu Grégoire

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Fin du périple: Conclusion et réflexions de vie.

Et voilà, déjà terminé. Près de 2 mois sur les routes du Pérou, de la Bolivie et du Chili.

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J’avais délaissé l’écriture pour profiter des derniers instants complètement. J’avais besoin de réflexions, de conversations profondes avec les gens que je rencontrais. D’être vraiment là avec eux, au moment présent.

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En un sens, ces 2 mois m’ont sauvé la vie. Littéralement. Un mal de vivre intense et profond m’envahissait depuis déjà longtemps, des problèmes personnels qui ne faisaient que s’acharner et revenir toujours un peu plus en puissance. Subir, surtout, les problèmes de certains. Mais à un point excessif. Une éponge à négativisme, certes. Ce qui, bien entendu, a ses limites.

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Je suis donc descendu jusqu’à l’île de Chiloé en arrêtant un instant à Concepcion voir le père de mon amie Solange. Nous avons passé une journée ensemble, direction Arauco, près de Lota. En fait, c’est là où le tsunami de 2010 avait le plus touché la côte, puis en 2012 un énorme feu s’est occupé d’achever les forêts du coin. Comme quoi certains n’ont vraiment mais vraiment aucune chance!

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Ensuite, direction Chiloé! J’avais déjà mis les pieds à Chiloé en 2009. C’est un endroit que j’ai particulièrement apprécié pour sa tranquillité, pour le rythme de vie, pour ses odeurs, pour ses couleurs, un peu tout finalement. Je n’ai passé qu’une journée, sachant que je devais remonter sur mes pas jusqu’à Lima (quelques…3500km de bus au nord). J’ai donc décidé de prendre un bus pour Puerto Varas, petite bourgade allemande située sur le bord du lac Llanquihue.

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J’ai donc passé 2 journées à déambuler dans cet endroit que j’aime beaucoup, à y respirer l’air frais et à réfléchir à ma vie. Ou du moins, à ce à quoi j’aspirais il y a quelques années. À ce futur, mais lequel?

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Départ pour Pucón, au pied du volcan Villarica. Ce petit village est un paradis pour les voyageurs à la recherche d’activités sportives. Que ce soit pour le ski, le kayak, l’ascension du volcan, les randonnées dans les multiples parcs nationaux tout autour, le rafting, les sources thermales, etc. J’ai donc passé 3 jours à partager de superbes moments avec des amis anglais, chiliens, norvégiens, français et suisses. À faire, à nouveau, l’ascension du volcan Villarica qui, encore une fois, ne m’amena pas au sommet. Des vents de 60 km/h nous empêchant de pouvoir embarquer sur la calotte de glace pour continuer notre montée.

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Ensuite, retour vers le Pérou, près de 3000km plus au nord. 3 journées d’autobus, dont beaucoup d’heures dans le désert d’Atacama. Et là, c’est le temps de philosopher. À la vue de ces paysages de sécheresse, où seul le sable et la roche sont visibles, le cerveau se met en fonction. Le retour est près, mais pas encore. Les rencontres, les chemins parcourus jusqu’à présent, vos pensées, vos réflexions, le cerveau bouille littéralement.

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C’est alors que je suis arrivé à Arica, au nord Chili, où la bus nous laissait au petit matin. Une péruvienne s’approcha de moi et me dit: « Est-ce que ça te dérange qu’on marche ensemble jusqu’à la gare? ». Elle racontait que c’était un coin un peu dangereux la nuit et que le gars assis à ses côtés dans l’autobus a essayé de se coller contre elle tout le voyage d’Antofagasta à Arica. Alors nous sommes allés ensemble et avons partagé le voyage en taxi jusqu’à Tacna, puis l’autobus de Tacna à Arequipa.

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À Arequipa, j’ai décidé de retourner à Cusco à nouveau au lieu de revenir directement à Lima. Une envie de revoir mes nouveaux amis, de passer les 3 journées qu’il me restait à partager ces moments avec des gens que j’aime. J’avais aussi eu 3 jours de solitude, dans les transports. 3 journées à réfléchir profondément, à répondre à des questionnements, à prendre des décisions.

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Puis, les grèves minières bloquaient la route peu avant Juliaca. Notre combi réussit à trouver une route de terre, la route étant bloquée par des milliers de pierres. Quelques villageois commencèrent à courir après notre véhicule, roche à la main. Parce qu’ici, lorsqu’il y a une grève, ça signifie arrêt des transports en commun, solidarité à la cause et donc routes barrées et un brin de colère lorsque les gens manifestant voient un transport enfreindre l’arrêt.

Nous avons finalement atteint Juliaca! Mais maintenant, ce sont les autobus qui ne peuvent pas partir du terminal à cause des routes barrées. J’ai donc attendu jusqu’à minuit avec une soixantaine de péruviens, qui désirent rejoindre la ville de Cusco. Après avoir attendu 4 heures à l’une des compagnies et ayant compris qu’ils ne partirait pas dans la nuit même si la dame nous a répété 15 fois « oui, dans 15 minutes on va avoir la confirmation que la route est débloquée », nous avons demandé remboursement de nos billets et sommes allés à la seule autre compagnie ouverte qui nous juraient qu’il serait possible de partir dans la nuit pour Cusco. J’en ai profité pour parler politique avec quelques péruviens, puis finalement nous avons pu partir avec le bus et rejoindre Cusco aux petites heures du matin.

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Les derniers jours à Cusco ont été vraiment agréable. J’ai rencontré Anne-Laure et Vincent, un couple français merveilleux qui viendront visiter le Québec en juillet. Il y a également eu un début d’incendie à l’hostel de Sarah, l’hostel La Bohème, un voleur le même soir, bref que d’aventures!

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Et puis voilà, le retour à Lima, 2 jours avant le retour. J’ai passé un moment avec mon amie Liliana, nous avons visité la maison de la littérature et marché dans cette ville qui, étrangement, me plaît de plus en plus. Et ce jour fatidique du 31 mars 2014, mon vol me ramena à Fort Lauderdale, où j’avais 24 heures d’attente avant mon second vol. Je me suis donc trouvé un hostel pas tellement loin de l’aéroport, où j’y rencontrais Doug, un étasuniens du Minnesota ayant son entreprise de vidéo. Un étasuniens comme on en croise peu, qui s’oppose au gouvernement complètement et qui me fera, le jour du 1er avril, manquer mon vol indirectement.

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Non, c’était ma faute bien sûr. Mais nous déjeunions sous les palmiers, avec une irlandaise d’un certain âge qui également, s’opposait et dénonçait grandement le gouvernement et les politiques du pays. Puis, je réalisais qu’il était 8h10 alors que j’avais 15 minutes d’autobus et que mon vol partait à 9h00. Et voilà, j’arrivais à la porte du sas, elle venait de fermer. Impossible de rentrer, j’ai finalement été replacé sur 2 autres vols décalés, sans frais.

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Et puis, vous savez, le retour.

Je réalisais que, vraiment, ce périple m’a sauvé. Dans bien des facettes de ma vie. Ne serait-ce que pour la fatigue extrême et le dos sans cesse crispé, montrant le stress qui me mangeait de l’intérieur avant le départ. Maintenant terminé. Le moment présent, l’importance de ne pas toujours vivre demain ou plus tard, juste…maintenant. Mais je reviens aux élections, là où, il était bien certain que le PLQ serait ré-élu. Avec les mêmes politiques néolibérales citant la privatisation d’Hydro-Québec et de la S.A.Q., les coupures en éducation et en santé, bref les mesures d’austérité ridiculement destructrices pour les peuples, mais tellement gagnantes pour le 1% de petits amis déjà beaucoup trop fortunés.

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Ce fut en quelque-sorte un mur qui me tomba au visage. Me rappelant que l’humain oublie si vite. Qu’il ne se respecte tellement pas, ou la naïveté du climat de peur avancé par ces mêmes vieux partis pourris qui divisent la population pour bien mieux nous manipuler.

Repensant à cette plénitude retrouvée, à tout ces liens créés avec des gens tout simplement extraordinaires durant le périple. À ce que vous vous disiez lors de vos périodes de solitude, de philosophie. Mais surtout, à votre enfant que vous adorez. Cette petite partie de vous que vous n’avez pas eu la chance de voir durant 8 semaines. Qui semble avoir grandit de 5 années. Avec qui vous aviez de la difficulté à profiter des moments, car trop fatigué de la vie et sans énergie.

Car le voyage, ça sert à se retrouver. À retrouver nos racines, à se réconcilier avec soi. À vivre, vraiment. À voir plus clair aussi. À être dans un contexte de vie complètement différent, une autre « normalité » que celle que l’on connait. C’est une façon, pour certains, de guérir. D’être mieux, d’être plus heureux.

Au plaisir d’écrire à nouveau bientôt et que cette finalité ne fut pas trop lourde,

Matt

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